30.12.2007
Utopies

Nous allons porter les yeux au-delà de l’infamie, pour deviner un autre monde possible. Un autre monde où :
. l’air sera exempt de tout poison qui ne viendra pas des peurs humaines et des passions humaines ;
. dans les rues, les automobiles seront écrasées par les chiens ;
. les gens ne seront pas conduits par l’automobile, ni programmés par l’ordinateur, ni achetés par le supermarché, ni regardés par la télé ;
. le téléviseur cessera d’être le membre le plus important de la famille, et sera traité comme le fer à repasser ou la machine à laver ;
. les gens travailleront pour vivre au lieu de vivre pour travailler ;
. on introduira dans le code pénal le délit de stupidité, que commettent ceux qui vivent pour posséder ou pour gagner, au lieu de vivre tout simplement pour vivre, comme un oiseau chante sans savoir qu’il chante et comme un enfant joue sans savoir qu’il joue ;
. on n’emprisonnera plus les jeunes qui refusent de faire leur service militaire, mais ceux qui veulent le faire ;
. les économistes n’appelleront plus niveau de vie le niveau de consommation, et n’appelleront plus qualité de vie la quantité de choses ;
. les chefs de cuisine ne croiront pas que les langoustes adorent être bouillies vivantes ;
. les historiens ne croiront pas que les pays sont enchantés d’être envahis ;
. les politiciens ne croiront pas que les pauvres sont enchantés de se nourrir de promesses ;
. la solennité cessera de croire qu’elle est une vertu, et personne ne prendra au sérieux l’individu incapable de rire de lui-même ;
. la mort et l’argent perdront leurs pouvoirs magiques, et le décès ou la fortune ne feront pas d’une canaille un homme vertueux ;
. nul ne sera considéré comme un héros ou un imbécile parce qu’il fait ce qu’il croit juste au lieu de faire ce qui lui convient le mieux ;
. le monde ne sera plus en guerre contre les pauvres, mais contre la pauvreté, et l’industrie de l’armement n’aura plus d’autre solution que de se déclarer en faillite ;
. la nourriture ne sera pas une marchandise, ni la communication un commerce, parce que la nourriture et la communication sont des droits humains ;
. nul ne mourra de faim, car nul ne mourra d’indigestion ;
. les enfants de la rue ne seront plus traités comme s’ils étaient de l’ordure, car il n’y aura pas d’enfants de la rue ;
. les enfants riches ne seront plus traités comme s’ils étaient de l’argent, car il n’y aura pas d’enfants riches ;
. l’éducation ne sera pas le privilège de ceux qui peuvent la payer ;
. la police ne sera pas la malédiction de ceux qui ne peuvent l’acheter ;
. la justice et la liberté, sœurs siamoises condamnées à vivre séparées, seront à nouveau réunies, épaule contre épaule ;
. une femme noire sera présidente du Brésil et une autre femme, noire, présidente des Etats-Unis ; une Indienne gouvernera le Guatemala et une autre le Pérou ;
. en Argentine, les folles de la place de Mai – las locas de la plaza de Mayo – seront un exemple de santé mentale, car elles refusèrent d’oublier à l’époque de l’amnésie obligatoire ;
. Notre Sainte Mère l’Eglise corrigera les erreurs des Tables de Moïse, et le sixième commandement ordonnera de fêter le corps ;
. l’Èglise dictera aussi un autre commandement que Dieu avait oublié : « Tu aimeras la nature, dont tu fais partie » ;
. les déserts du monde et les déserts de l’âme seront reboisés ;
. les désespérés seront espérés et les égarés seront retrouvés, car ce sont eux qui se désespérèrent à force d’espérer et qui s’égarèrent à force de chercher ;
. nous serons les compatriotes et les contemporains de tous ceux qui voudront la justice et qui voudront la beauté, quels que soient l’endroit où ils seront nés et l’époque où ils auront vécu, sans accorder aucune importance aux frontières de la géographie ou du temps ;
. la perfection restera l’ennuyeux privilège des dieux, mais, dans ce monde fou et foutu, chaque nuit sera vécue comme si elle était la dernière et chaque jour comme s’il était le premier.
Eduardo Galeano
Photo : Haleh Bryan

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09.04.2007
Conjuration pour que tu te souviennes de tes rêves

Un jour alors que, tout jeune, j’étais avec mon grand-père Gregorio Pech sur le mont Chanya, il m’apprit comment un homme peut se souvenir de ses rêves. À l’heure du repos,
je lui demandai :
– Grand-père, pourquoi je ne peux pas me souvenir de mes rêves ?
Alors qu’il épointait une fourche de chucúm avec sa machette courbée, il arrêta la taille et me dit :
– Dans l’univers, tout rêve et tout le monde rêve ; seuls les cœurs purs et les purs d’esprit s’en souviennent…
Plus tard, quand nous finîmes d’attacher un tas de bois avec des lianes dont la résine dégageait une odeur pénétrante mélangée à celle des épluchures de quelques jícamas, il poursuivit :
– L’homme, quand il naît à la vie terrestre, entre dans la géographie des êtres dormants ; s’il ne travaille pas avec le pouvoir de son esprit, s’il ne travaille pas avec le pouvoir de ses rêves, c’est un homme endormi. Quand tu rêves et que tu te souviens de tes rêves, tu peux te souvenir du code de ton origine première et lumineuse et retourner à la vie. Nous sommes des fragments de lumière, des fractions de soleil…
Jorge Miguel Cocom Pech, Mexique
(extrait)
Photo : Nurkan Kahraman
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11.01.2007
Le silence intérieur

Notre silence intérieur a un pouvoir. Si, au lieu de répondre à la vibration qui nous vient, nous restons dans une immobilité intérieure absolue, nous verrons que cette immobilité dissout la vibration; c'est comme un champ de neige autour de soi, où tous les heurts sont saisis, annulés. Nous pouvons prendre l'exemple simple de la colère; au lieu de nous mettre à vibrer intérieurement à l'unisson de celui qui parle, si nous savons rester immobile au–dedans, nous verrons la colère de l'autre se dissoudre peu à peu, comme une fumée…Seulement, il ne s'agit pas d'avoir un masque impassible et de bouillonner en dedans; on ne triche pas avec les vibrations (la bête le sait bien); il ne s'agit pas de la soi–disant "maîtrise de soi", qui n'est qu'une maîtrise des apparences, mais de la vraie maîtrise, intérieure. Et ce silence peut annuler n'importe quelle vibration pour la simple raison que toutes les vibrations, de quelque ordre qu'elles soient, sont contagieuses, les vibrations les plus hautes comme les plus basses, notons–le; c'est ainsi que le Maître peut transmettre des expériences spirituelles ou un pouvoir à un disciple et il dépend de nous d'accepter la contagion ou non; si nous avons peur, c'est que déjà nous avons accepté la contagion, et donc accepté le coup de l'homme en colère.
Mais ce pouvoir de silence ou d'immobilité intérieure a des applications beaucoup plus importantes; nous voulons parler de notre propre vie psychologique. Ce vital, nous le savons, est le lieu de bien des misères et des perturbations, mais aussi la source d'une grande force; il s'agit donc – un peu comme dans la légende indienne du cygne qui séparait l'eau du lait - d'extraire la force de vie sans ses complications et sans s'extraire soi–même de la vie.
Faut–il dire que les vraies complications ne sont pas dans la vie mais en nous–même, et que toutes les circonstances extérieures sont à l'exacte image de ce que nous sommes. Or, la grosse difficulté du vital est qu'il s'identifie faussement à tout ce qui semble sortir de lui, il dit: "ma" peine, "ma" dépression, "mon" tempérament, "mon" désir, et se prend pour toutes sortes de petits je qui ne sont pas lui. Si nous sommes persuadés que toutes ces histoires sont notre histoire, il n'y a rien à faire, évidemment, qu'à supporter la petite famille jusqu'à ce qu'elle ait fini sa crise. Mais si l'on est capable de faire le silence au dedans, on voit bien que rien de tout cela n'est à nous; tout vient du dehors.. Nous accrochons toujours les mêmes longueurs d'onde, nous nous laissons gagner par toutes les contagions. Par exemple, nous sommes en compagnie de telle ou telle personne, nous sommes tout silencieux et immobile au–dedans (ce qui ne nous empêche pas de parler au–dehors et d'agir normalement), tout à coup, dans cette transparence, nous sentons quelque chose qui nous tire ou qui cherche à entrer en nous, comme une pression ou une vibration autour (qui peut se traduire par un malaise indéfinissable), si nous attrapons la vibration, nous nous retrouvons, cinq minutes après, en train de lutter contre une dépression, ou d'avoir tel désir, telle fébrilité – nous avons attrapé la contagion. Et quelquefois, ce ne sont même pas des vibrations, ce sont de véritables vagues qui nous tombent dessus. Il n'est pas besoin, non plus d'être en compagnie pour cela; on peut être seul dans l'Himalaya et recevoir aussi bien les vibrations du monde. Où est "notre" fébrilité, "notre" désir là–dedans ? Sinon dans une habitude d'accrocher indéfiniment les mêmes impulsions.
Satprem, "Sri Aurobindo ou L'Aventure de la Conscience"
Editeur : Buchet-Chastel
Photo : B. Berenika
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01.01.2007
Propos sur le bonheur

Allez tranquillement parmi le vacarme et la hâte et souvenez-vous de la paix qui peut exister dans le silence.
Sans aliénation vivez autant que possible en bon terme
avec toutes les personnes.
Dites doucement et clairement votre vérité et écoutez
les autres, même le simple d’esprit et l’ignorant :
ils ont eux aussi leur histoire.
Evitez les individus bruyants et agressifs, ils sont une
vexation pour l’esprit.
Ne vous comparez à personne, vous répugnerez de devenir vain ou vaniteux. Il y a toujours plus grand ou plus petit que vous.
Jouissez de vos projets aussi bien que de vos accomplissements.
Soyez toujours intéressé à votre carrière si modeste soit-elle.
C’est une véritable possession dans la prospérité changeante
du temps.
Soyez prudent dans les affaires car le monde est plein de fourberies, mais ne soyez pas aveugle en ce qui concerne les vertus qui existent.
Plusieurs individus recherchent les grands idéaux et pourtant la vie simple est remplie d’héroïsme. Soyez vous-même.
Surtout n’affectez pas l’amitié. Non plus ne soyez cynique en amour car il est, face à toute stérilité et tout désenchantement, aussi éternel que l’herbe.
Prenez avec bonté le conseil des années en renonçant avec grâce à votre jeunesse.
Fortifiez une présence d’esprit pour vous protéger en cas de malheur soudain. Mais ne vous chagrinez pas avec vos chimères.
De nombreuses peurs naissent de la fatigue et de la solitude. Au-delà d’une discipline saine, soyez doux avec vous-même. Vous êtes un enfant de l’univers pas moins que les arbres et les étoiles.
Vous avez le droit d’être ici. Et qu’il vous soit clair ou non l’univers se déroule comme il le devrait.
Soyez en paix avec Dieu quelle que soit votre conception de lui et quels que soient vos travaux et vos rêves.
Gardez dans le désarroi bruyant de la vie, la paix dans votre âme.
Avec toutes ses perfidies, ses besognes fastidieuses et ses rêves brisés, le monde est pourtant beau.
Prenez attention.
Tachez d’être heureux.
Auteur inconnu
(Texte trouvé dans une vieille église de Baltimore en 1692)
Je souhaite à chacun de vous une année 2007
lumineuse et créative !
Je vous embrasse.
(Si vous êtes à court d'idées pour vos bonnes résolutions en ce début d'année, voici un générateur interactif, ici... pour l'humour et la poésie !)
Photo : Gregory Colbert
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13.12.2006
L'art de la traque

À trente-cinq ans, John Stokes découvre dans le bush australien comment traquer un animal sauvage sur des kilomètres, où trouver de l'eau, bref, de quelle façon survivre en retrouvant en lui-même ce qui unit les êtres entre eux - tout ce que la culture nous a fait désapprendre en cloisonnant le monde.
Un jour, l’un de ses enseignants aborigènes frotte la peau blanche de Stokes et lui dit : « Ah ! tu as un bon camouflage ! Maintenant, toi tu peux aller où ils ne nous laisseront pas aller. Tu peux ouvrir la porte pour nous, par en dedans. » C’est l’un des rôles de Stokes qui, après avoir été formé par de vieux Aborigènes australiens, enseigne à de jeunes Amérindiens comment retrouver les sources vives de la nature et de l’être par l’art de la traque.
John Stokes est un conteur d’histoires, un homme de brousse, un musicien, un artiste - toutes choses qui n’ont pas grand chose à voir avec le langage écrit. Quand nous finîmes l’enregistrement de l’entrevue que vous lirez ici, nous étions enchantés, mon compagnon et moi. Durant deux heures nous avions ri, pleuré, rêvé, nous nous étions nourris, nous avions grandi. Certaines personnes ont ce genre d’impact sur les autres. C’est le cas de Stokes. Mais en recopiant l’interview, j’ai regretté de ne pas avoir le rythme, la voix, les silences, la fluidité du langage parlé.

L’homme est jeune, quarante et un ans, mais a déjà derrière lui toute une vie de voyages et d’aventure. On le connaît surtout aux États-Unis comme co-animateur de groupes d’hommes avec Robert Ely et James Hillmann et pour ses performances musicales avec le Paul Winter Consort. Mais Stokes est avant tout le directeur du Traking Project - qui a pour but de combattre le racisme, de développer la paix et d’encourager la responsabilité face à la planète. Il fait un travail remarquable du point de vue des Indiens eux-mêmes dans les communautés hopis, navajos, pueblos, mohawks et iroquoises. Le Traking Project a touché soixante-quinze mille personnes depuis 1986 - et particulièrement des enfants des communautés autochtones un peu partout à travers le monde.
Stokes a eu plusieurs enseignants chez les autochtones hawaïens et amérindiens, mais c’est en Australie, où il demeurera six ans, qu’il rencontrera Jimmy James, un traqueur aborigène légendaire qui deviendra en quelque
sorte son mentor.

- C’est quand même paradoxal : un Blanc qui va dans les communautés amérindiennes enseigner aux enfants la
survie en forêt !
- Parfois, culturellement, nous devenons si enfermés dans nos habitudes que nous avons besoin d’un nouveau rêve. Quand le rêve vient sous la forme de quelqu’un d’extérieur, on est porté à être plus attentif. Dans la culture amérindienne, ce quelqu’un d’extérieur est personnifié par le coyote. C’est un rusé, un magicien qui représente aussi l’esprit créateur, la capacité de faire du neuf avec du vieux. Je travaille avec l’esprit du coyote. Le musicien noir qui transmet l’art de jouer du drum peut très bien être entouré par les siens mais, pour toutes sortes de raisons, les gens de sa propre culture regardent ailleurs et sont toujours intéressés par autre chose - un Blanc vient et dit : « Veux-tu m’enseigner ? Je veux vraiment apprendre ! » Et plus tard, ce Blanc joue du drum comme un Noir. Et toute la communauté noire se réunit et vient faire de la musique avec lui... Par exemple, pour Uncle Jimmy, ce n’était pas important que je sois blanc ou noir. La seule question importante était : « Peut-il transmettre ces choses à nos enfants ? Est-il assez fort, assez ouvert, assez persistant, assez mature pour véhiculer l’enseignement ? » Les vieux ne sont pas très concernés par la couleur de peau.
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22.11.2006
Credo d’amour

Un homme se présenta devant la porte de sa bien-aimée
et frappa.
Une voix demanda : « Qui est là ? »
Il répondit : « C’est Moi. »
La voix dit : « Il n’y a pas de place pour Moi et Toi. »
La porte se referma.
Après un an de solitude et de privation, il revint et frappa.
Une voix demanda : « Qui est là ? »
L’homme dit : « C’est Toi. »
La porte s’ouvrit.
Ibn Rumi
Photo : Burke Triolo
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08.11.2006
Le congrès d’arts martiaux des chats

Au Japon, il y a deux cents ans, avant l’ère Meiji, un Maître de kendo, Shoken, est tourmenté toutes les nuits par un gros rat qui lui ôte son sommeil et l'oblige à domir au milieu de la journée.
Il se rend alors chez un ami, dresseur de chats, et lui demande : « Prête–moi le plus fort de tes chats. » L’ami lui prête un chat de gouttière très rapide et habile à attraper les rats. Ses griffes sont fortes et ses bonds puissants ! Mais quand il entre dans la pièce, le rat reste le plus fort, et le chat s’enfuit.
Shoken emprunte alors un deuxième chat, de couleur fauve, doté d’un très fort ki, une forte énergie, et d’un esprit combatif. Ce chat entre dans la pièce et combat. Mais de nouveau le rat prend le dessus et le chat s’échappe !
Un troisième chat est essayé, un chat blanc et noir, qui n'arrive pas non plus à vaincre le rat.
L'ami de Shoken lui prête alors un quatrième chat, noir, vieux, assez intelligent, mais moins fort que le chat de gouttière ou le chat tigré. Il entre dans la pièce. Le rat le regarde et s’approche. Le chat s’assied, très calme, et ne bouge plus. Le rat commence alors à douter. Il s’approche, légèrement apeuré, s'avance encore prudemment, et soudain le chat lui attrape le cou, le tue et l’emporte hors de la pièce.
Shoken va voir son ami et lui dit : « J’ai souvent poursuivi ce rat avec mon sabre, mais c’est lui qui m’a griffé. Pourquoi ce chat noir a–t–il pu le vaincre ? » Son ami lui répond : « Il faudrait interroger les chats. Vous les questionnerez puisque vous êtes un Maître de kendo. Les chats comprennent sûrement les arts martiaux. »
On organise donc une réunion de chats présidée par le chat noir, le doyen et vainqueur.
Le chat de gouttière dit : « Je ne comprends pas, je suis pourtant très fort. » Le chat noir lui demande :
- Pourquoi n’as–tu pas gagné ?
- Ce rat n’est pas comme les autres. Je possède de nombreuses techniques pour attraper les rats. Mes griffes sont fortes et mes bonds puissants.
- Ta force et ta technique ne peuvent pas être au–delà de ce rat. Même si ton pouvoir et ton wasa sont très forts, tu n’as pu gagner avec ton seul art. Impossible !
Le chat tigré s'avance et dit :
- Je suis très fort, j’entraîne toujours mon ki, mon énergie, et ma respiration par le zazen. Je me nourris de légumes et de soupe de riz, c’est pourquoi mon activité est très forte. Alors pourquoi n’ai-je pas pu vaincre ce rat ?
- Ton activité et ton ki sont forts, mais ce rat était au–delà de ton ki. Tu es plus faible que le gros rat. Si tu es attaché à ton ki, cela devient une force vide. Si ton ki est trop soudain, trop bref, tu n’es alors que passionné. On pourrait dire que ton activité est comparable à l’eau sortant d’un robinet, celle du rat est un puissant jet d’eau. C’est pourquoi la force du rat est supérieure à la tienne. Même si ton activité est forte, elle reste encore faible car tu es trop confiant en toi–même.
Puis ce fut le tour du chat blanc et noir qui n’avait pu vaincre non plus. Il n’était pas très fort, mais intelligent. Il avait le satori. Il avait passé tous les wasa et se contentait de faire zazen. Mais il n’était pas mushotoku (sans but ni esprit de profit), et avait dû fuir lui aussi. Le chat noir lui dit :
- Tu es très intelligent et fort. Mais tu n’as pu vaincre ce rat car tu avais un but. Et l’intuition du rat était plus grande que la tienne. Quand tu es entré dans la pièce, il a tout de suite compris ton état d’esprit. C’est pour cela que tu n’as pu triompher. Tu n’as pas su harmoniser ta force, ta technique, et ta conscience active, qui sont restées séparées au lieu de s’unifier.
En ce qui me concerne, au cours d'un bref instant, j’ai utilisé
ces trois facultés inconsciemment, naturellement et automatiquement. C’est pourquoi j’ai pu vaincre le rat. Mais près d’ici, dans un village voisin, je connais un chat encore plus fort que moi. Il est très vieux et ses poils sont gris. Je l’ai rencontré, il n’a pas l’air fort du tout ! Il dort toute la journée. Il ne mange ni viande, ni poisson, seulement de la guenmai (soupe de riz) et quelquefois il boit un peu de saké. Il n’a jamais attrapé un seul rat, car tous en ont peur et fuient devant lui. Aucun d'eux ne s’en approchent. Aussi n’a–t–il jamais eu l’occasion d’en attraper un ! Un jour, il est entré dans une maison qui en était pleine. Tous les rats se sont aussitôt échappés et ont changé de maison. Il peut les chasser même en dormant. Ce chat gris est vraiment très mystérieux. Tu dois devenir comme cela, être au–delà de la posture, de la respiration et de la conscience. »
Conte zen
Photo personnelle
00:05 Publié dans Sagesse | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : conte zen, arts martiaux
24.10.2006
L'amour est la seule arme intelligente
Sois le changement que tu veux voir dans le monde.
Gandhi
Une petite vidéo, Free Hugs, fait fureur sur internet. Elle m’a émue. On y voit un type, Juan Mann, inviter des passants d’une rue de Sydney à lui donner l’accolade. Son message est tout simple : prenons le temps de nous aimer. Donner, recevoir, c’est pas plus compliqué que ça.
Cette vidéo, chargée d’énergie positive, a été filmée il y a plus d’un an par le soliste de Sick Puppies. L’idée est de la faire circuler pour promouvoir la paix dans le monde.
Douce journée à vous tous.
Je vous serre dans mes bras !
Si vous voulez reprendre la vidéo sur votre blog, il suffit de copier ce code : ici
Plus d’info sur la campagne Free Hugs (en anglais) ici
21:45 Publié dans Sagesse | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : free hugs, juan mann, paix
13.10.2006
Hommage à Thomas Sankara

“Notre pays a besoin d’hommes libres pour
mettre en place un monde de paix et de respect.”
« Permettez, vous qui m’écoutez, que je le dise : je ne parle pas seulement au nom de mon Burkina Faso tant aimé mais également au nom de tous ceux qui ont mal quelque part.
Je parle au nom de ces millions d’êtres qui sont dans les ghettos parce qu’ils ont la peau noire, ou qu’ils sont de cultures différentes et qui bénéficient d’un statut à peine supérieur à celui d’un animal.
Je souffre au nom des Indiens massacrés, écrasés, humiliés et confinés depuis des siècles dans des réserves, afin qu’ils n’aspirent à aucun droit et que leur culture ne puisse s’enrichir en convolant en noces heureuses au contact d’autres cultures, y compris celle de l’envahisseur.
Je m’exclame au nom des chômeurs d’un système structurellement injuste et conjoncturellement désaxé, réduits à ne percevoir de la vie que le reflet de celle des plus nantis.
Je parle au nom des femmes du monde entier, qui souffrent d’un système d’exploitation imposé par les mâles. En ce qui nous concerne, nous sommes prêts à accueillir toutes suggestions du monde entier, nous permettant de parvenir à l’épanouissement total de la femme burkinabè. En retour, nous donnons en partage, à tous les pays, l’expérience positive que nous entreprenons avec des femmes désormais présentes à tous les échelons de l’appareil d’Etat et de la vie sociale au Burkina Faso. Des femmes qui luttent et proclament avec nous, que l’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort.
Cet esclave répondra seul de son malheur s’il se fait des illusions sur la condescendance suspecte d’un maître qui prétend l’affranchir. Seule la lutte libère et nous en appelons à toutes nos sœurs de toutes les races pour qu’elles montent à l’assaut pour la conquête de leurs droits.
Je parle au nom des mères de nos pays démunis qui voient mourir leurs enfants de paludisme ou de diarrhée, ignorant qu’il existe, pour les sauver, des moyens simples que la science des multinationales ne leur offre pas, préférant investir dans les laboratoires de cosmétiques et dans la chirurgie esthétique pour les caprices de quelques femmes ou d’hommes dont la coquetterie est menacée par les excès de calories de leurs repas trop riches et d’une régularité à vous donner, non, plutôt à nous donner, à nous autres du Sahel, le vertige. Ces moyens simples recommandés par l’OMS et l’UNICEF, nous avons décidé de les adopter et de les populariser.
Je parle aussi au nom de l’enfant. L’enfant du pauvre qui a faim et louche furtivement vers l’abondance amoncelée dans une boutique pour riches. La boutique protégée par une épaisse vitre. La vitre défendue par une grille infranchissable. Et la grille gardée par un policier casqué, ganté et armé de matraque. Ce policier placé là par le père d’un autre enfant qui viendra se servir ou plutôt se faire servir parce que présentant toutes les garanties de représentativité et de normes capitalistiques du système.
Je parle au nom des artistes – poètes, peintres, sculpteurs, musiciens, acteurs – hommes de bien qui voient leur art se prostituer pour l’alchimie des prestidigitations du show-business.
Je crie au nom des journalistes qui sont réduits soit au silence, soit au mensonge, pour ne pas subir les dures lois du chômage.
Je proteste au nom des sportifs du monde entier dont les muscles sont exploités par les systèmes politiques ou les négociants de l’esclavage moderne.
Mon pays est un concentré de tous les malheurs des peuples, une synthèse douloureuse de toutes les souffrances de l’humanité, mais aussi et surtout des espérances de nos luttes.
C’est pourquoi je vibre naturellement au nom des malades qui scrutent avec anxiété les horizons d’une science accaparée par les marchands de canons. Mes pensées vont à tous ceux qui sont touchés par la destruction de la nature et à ces trente millions d’hommes qui vont mourir comme chaque année, abattus par la redoutable arme de la faim…
Je m’élève ici au nom de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde ils pourront faire entendre leur voix et la faire prendre en considération, réellement. Sur cette tribune beaucoup m’ont précédé, d’autres viendront après moi. Mais seuls quelques-uns feront la décision. Pourtant nous sommes officiellement présentés comme égaux. Eh bien, je me fais le porte-voix de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde ils peuvent se faire entendre. Oui, je veux donc parler au nom de tous les « laissés pour compte » parce que « je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger ».
Discours de Thomas Sankara prononcé à l’ONU
le 4 octobre 1984
Source : Afrikara
Hommage à Thomas SANKARA,
le dimanche 15 octobre 2006
. Paris, à partir de 20h : FIAP 30 rue Cabanis 75014 Paris
(métro Glacière ou Saint Jacques)
Plus d’informations ici
. Montréal, à 15h : AM 050 UQAM Hubert Aquin (Métro Berri)
. Dakar : à 10h : Au RELAIS, Avenue Cheikh Anta Diop
(Contact : GRILA Sénégal Tel : 423 82 69 ou 835 51 36)
Site web Thomas Sankara ici
Le 15 Octobre 2006, il y aura 19 ans que le Président du Faso, le capitaine Thomas Sankara, a été assassiné dans l’exercice de ses fonctions.
Ce crime , resté impuni, a plongé le pays dans le désarroi et le découragement.
Cependant, bien que le nouveau pouvoir se soit empressé d’annuler l’œuvre de Thomas Sankara et de son équipe, cette œuvre , accomplie en à peine quatre années, reste vivante dans le cœur des africains et des peuples en lutte tant elle correspond aujourd’hui encore aux besoins et aux aspirations du continent.
Qu’il s’agisse de l’ annulation de la Dette, du problème du néocolonialisme, de la lutte active contre la corruption, de la promotion des femmes, de l’économie rurale, de la responsabilisation des citoyens, de la santé... Thomas Sankara apparaît comme un grand précurseur.
L’effort que Sankara demandait à lui-même et aux autres visait à construire un avenir meilleur sur des bases saines. Cette exigence permanente qu’il imprimait demandait des sacrifices de la part du peuple. Or, force est de constater qu’aujourd’hui le peuple burkinabè subit un Grand Bond en arrière : malgré le masque démocratique du pouvoir actuel, une misère sans fond s’aggrave d’année en année tandis qu’une classe aisée et frivole s’enrichit sans vergogne... La pilule est amère.
Où sont passées la fierté et la solidarité des « hommes intègres » ? La simplicité de Sankara, sa vivacité d’esprit, son humour, sa droiture, sa générosité, plaisent à une jeunesse africaine consciente qui se reconnaît en lui et manifeste son enthousiasme par la création de « clubs Sankara », au Mali, au Sénégal, en Cote d’Ivoire, au Bénin , en Guinée... De jeunes d’Europe, d’Asie, d’Amérique latine, des USA, partout dans le monde, se sont spontanément constitués en « clubs Sankara ».
BJ
Source : Bellaciao
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17.09.2006
Comment on apprend à grandir

Il arrive un temps dans la vie où on apprend... la différence entre tenir la main de l’autre et l'enchaîner à soi.
Un temps où on apprend que l'amour ne signifie pas
se soulager de tous ses soucis sur l’autre.
Et que la compagnie n’est pas toujours une garantie
contre la solitude.
Un temps où on apprend que les baisers ne sont pas des
contrats et que les cadeaux ne sont pas des promesses.
Il arrive un temps dans la vie où on apprend à accepter
ses échecs en gardant la tête haute et les yeux ouverts,
où on apprend à bâtir notre vie dans l’instant présent
parce qu’on ignore si on sera toujours là demain.
Il arrive un temps dans la vie où on apprend
que même le soleil brûle si on en abuse.
Alors travaillons à décorer notre jardin intérieur
au lieu d'attendre que quelqu'un nous offre des fleurs.
Il arrive un temps dans la vie où on apprend…
La souffrance, la peine, l’absence
Mais où on apprend qu’on a en soi la force d’y faire face.
Il arrive un temps dans la vie où on découvre…
Ce que l’on vaut vraiment...
Et on continue d’apprendre...
Avec chaque abandon, chaque perte, chaque départ,
on apprend.
Inspiré d’un texte de Veronica A. Shoffstall
Photo : B. Berenika
00:05 Publié dans Sagesse | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : Shoffstall, grandir, apprendre, absence, abandon, perte, accepter































































































