22.03.2007

Les quatre accords toltèques de don Miguel Ruiz



La discipline du guerrier :
contrôlez votre propre comportement


Imaginez que vous vous réveillez un matin débordant d’enthousiasme pour la journée à venir. Vous vous sentez bien. Vous êtes heureux, plein d’énergie pour affronter la journée. Puis, au petit déjeuner, vous vous disputez avec votre femme, et un flot d’émotions se déverse. Vous vous emportez, et dans votre colère vous dépensez beaucoup de pouvoir personnel. Au terme de la dispute, vous vous sentez vidé, et vous n’avez qu’une envie, c’est de partir et de pleurer. D’ailleurs, vous êtes si fatigué que vous allez dans votre chambre, vous vous y effondrez, et vous essayez de récupérer. Vous passez toute votre journée pris par vos émotions. Il ne vous reste aucune énergie pour continuer, et vous n’avez plus rien envie de faire.

Chaque jour, on se réveille avec une certaine quantité d’énergie mentale, émotionnelle et physique, que l’on dépense au cours de la journée. Si on laisse nos émotions nous vider de cette énergie, il ne nous en reste plus pour changer notre existence ou pour en donner aux autres.

Votre façon de voir le monde dépendra des émotions que vous ressentez. Lorsque vous êtes en colère, rien de ce que vous voyez ne semble aller, tout paraît faux. Vous vous mettez à tout critiquer, y compris le temps ; qu’il pleuve ou qu’il fasse soleil, rien ne vous satisfait. Lorsque vous êtes triste, tout vous semble triste et vous donne envie de pleurer. Vous voyez les arbres et vous vous sentez triste ; vous regardez tomber la pluie et chaque chose semble infiniment triste. Vous vous sentez peut-être vulnérable et vous avez besoin de vous protéger, parce que vous ne savez pas à quel moment vous risquez d’être agressé. Vous ne faites plus confiance à rien ni à personne autour de vous. Cela vient du fait que vous regardez le monde avec les yeux de la peur !

Imaginez que l’esprit humain soit pareil à votre peau. Si vous la touchiez, la sensation serait très agréable. Votre peau est faite pour recevoir des perceptions, et la sensation procurée par le toucher est merveilleuse. Imaginez maintenant que vous vous soyez blessé et que votre peau soit entaillée et infectée. Si vous la touchiez là où elle serait infectée, vous auriez mal ; vous essayeriez donc de la couvrir et de la protéger. Vous n’auriez aucun plaisir à être touché, à cause de la douleur.

Imaginez maintenant que tous les humains ont une maladie de peau. Personne ne peut toucher qui que ce soit, parce que cela fait mal. Tout le monde a des plaies partout sur la peau, au point que cet état d’infection généralisé est considéré comme normal, et la douleur aussi ; chacun croit que c’est ainsi que les choses doivent être.

Pouvez-vous vous représenter les comportements que nous adopterions, si tous les êtres humains sur cette planète avaient une maladie de la peau ? Nous ne pourrions bien sûr pas nous prendre dans les bras, parce que ce serait trop douloureux. Il nous faudrait garder beaucoup de distance entre nous.

L’esprit humain ressemble tout à fait à cette description d’une peau infectée. Chaque être humain possède un corps émotionnel entièrement recouvert de plaies infectées. Chacune d’entre elles suppure du poison émotionnel, provenant de toutes les émotions qui nous font souffrir, telles que la haine, la colère, l’envie et la tristesse. Toute injustice ouvre une plaie dans l’esprit et nous y réagissons par du poison émotionnel, en raison des notions et des croyances que nous cultivons concernant la justice et l’injustice.

L’esprit est couvert de tellement de plaies provoquées par le processus de domestication, il est si plein de poison, que tout le monde considère son état pitoyable comme normal. Je peux cependant vous dire que ce n’est pas son état normal.

Le rêve de la planète est pathologique et les humains souffrent d’une maladie mentale appelée « peur ». Les symptômes de cette maladie sont les émotions dont ils souffrent : la colère, la haine, la tristesse, l’envie, et la trahison. Lorsque la peur est trop forte, l’esprit rationnel faiblit, et on parle alors de maladie mentale. Les comportements psychotiques se produisent lorsque l’esprit est tellement effrayé et les plaies si douloureuses qu’il est préférable de rompre le contact avec le monde extérieur.

Si on est capable de voir son propre état d’esprit comme étant malade, on voit qu’il y existe un remède. Il n’est pas nécessaire de continuer à souffrir. Tout d’abord, on a besoin de la vérité pour ouvrir ces plaies émotionnelles, en sortir le poison et les guérir complètement. Comment devons-nous procéder ? On doit pardonner à tous ceux qui nous ont fait du tort, non pas parce qu’ils méritent d’être pardonnés, mais parce qu’on s’aime tellement soi-même, qu’on ne veut plus continuer à payer pour les injustices passées.

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15.03.2007

Les quatre accords toltèques de don Miguel Ruiz



La voie toltèque de la liberté

Briser les vieux accords

Tout le monde parle de liberté. Sur toute la planète des peuples, des races, des pays différents se battent pour elle. Mais qu’est-ce que la liberté ? En Amérique, les gens prétendent vivre dans un pays libre. Mais sont-ils vraiment libres ? Sommes-nous libres d’être qui nous sommes véritablement ? La réponse est non, nous ne le sommes pas. La véritable liberté est de pouvoir être libre d’être qui nous sommes vraiment.

Qui nous empêche d’être libre ? On accuse le gouvernement, le temps, les parents, la religion, on accuse même Dieu. Mais qui nous empêche vraiment d’être libre ? Nous-mêmes. Que signifie véritablement être libre ? Parfois on se marie puis on dit avoir perdu sa liberté ; ensuite on divorce et on n’est toujours pas libre. Qu’est-ce qui nous retient ? Pourquoi ne parvient-on pas à être soi-même ?

Il nous reste de vagues souvenirs d’il y a très longtemps, lorsque nous étions libres et que nous jouissions pleinement, mais nous avons oublié ce que signifie vraiment la liberté.

Si on regarde un enfant de deux ou trois ans, peut-être quatre, on voit un être humain libre. Pourquoi est-il libre ? Parce qu’il fait ce qu’il veut. Cet être-là est complètement sauvage. Comme une fleur, un arbre ou un animal qui n’a pas encore été domestiqué : sauvage ! Et si on regarde des enfants de deux-trois ans, on constate qu’ils arborent la plupart du temps un grand sourire et qu’ils s’amusent. Ils explorent le monde. Ils n’ont pas peur de jouer. Ils ont peur lorsqu’ils se font mal, qu’ils ont faim ou qu’un de leurs besoins n’est pas satisfait, mais ils ne se soucient pas du passé, ils se fichent de l’avenir et ne vivent que dans l’instant présent.

Les très jeunes enfants n’ont pas peur d’exprimer ce qu’ils ressentent. Ils ont tellement d’amour en eux que s’ils perçoivent de l’amour, ils se fondent en lui. Ils n’ont aucune peur d’aimer. Voilà la description d’un être humain normal. Enfants, nous n’avons ni peur du futur ni honte du passé. Notre tendance humaine naturelle est de jouir de la vie, de jouer, d’explorer, d’être heureux, d’aimer.

Mais que s’est-il passé chez l’adulte ? Pourquoi sommes-nous si différents ? Pourquoi ne sommes-nous plus sauvages ? Du point de vue de la Victime, on peut croire que quelque chose de triste nous est arrivé ; du point de vue du guerrier, ce qui s’est produit est normal. Le Live de la Loi, le Juge et la Victime régissent notre existence : voilà ce qui arrivé. Nous ne sommes plus libres parce que le Juge, la Victime et le système de croyances dont ils font partie ne nous permettent pas d’être qui nous sommes vraiment. Dès l’instant que notre esprit a été programmé avec tout ce fatras, nous ne sommes plus heureux.

Cette chaîne de programmation continue des enfants par leurs parents, de générations en générations, est tout à fait normale dans la société humaine. Inutile de condamner vos parents parce qu’ils vous ont appris à être comme eux. Que pouvaient-ils vous enseigner d’autre que ce qu’ils savaient ? Ils ont fait de leur mieux, et s’ils vous ont maltraité, c’est en raison de leur propre domestication, de leurs propres peurs et croyances. Ils ne contrôlaient absolument pas la programmation qu’ils ont reçue, donc ils ne pouvaient pas se comporter autrement.

Il est inutile de condamner vos parents ou quiconque vous ayant maltraité au cours de votre vie, y compris vous-mêmes. Mais il est temps de mettre un terme à ces mauvais traitements. Il est temps de vous libérer de la tyrannie du Juge, en changeant le fondement de vos propres accords. Il est temps de vous libérer du rôle de la Victime.

Votre vrai moi est encore un petit enfant qui n’a jamais grandi. Parfois cet enfant surgit lorsque vous vous amusez et que vous jouez, lorsque vous vous sentez heureux, que vous peignez, que vous écrivez de la poésie ou jouez du piano, ou que vous vous exprimez d’une façon ou d’une autre. Ce sont les moments les plus heureux de votre vie, lorsque votre vrai moi se manifeste, que vous ne vous souciez plus du passé ni de l’avenir. Vous êtres redevenu un enfant.

Mais quelque chose transforme tout ceci : on appelle cela les responsabilités. Le Juge dit : « Attends un peu : tu es responsable, tu as des choses à faire, tu dois travailler, tu dois aller à l’école, tu dois gagner ta vie. » Toutes ces responsabilités nous reviennent à l’esprit. Nos visages changent et nous redevenons sérieux.

Regardez des enfants jouant aux adultes, leurs petites mines changent. « Je vais faire semblant d’être un avocat » dit l’un d’eux. À l’instant, son visage se transforme et l’expression d’un adulte prend le dessus. Si on va au tribunal, c’est bien le genre de visages que nous y voyons, et celui que nous affichons aussi nous-mêmes. Nous sommes encore des enfants, mais nous avons perdu notre liberté.

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08.03.2007

Les quatre accords toltèques de don Miguel Ruiz



Le quatrième accord toltèque :
« Faites toujours de votre mieux »


Il ne reste plus qu’un seul accord, mais c’est celui qui transforme progressivement les trois autres en habitudes solidement ancrées en nous. Le quatrième accord concerne l’application des trois premiers : faites toujours de votre mieux.

Quelles que soient les circonstances, faites toujours de votre mieux, ni plus, ni moins. Mais rappelez-vous que votre mieux ne sera jamais pareil même d’une fois à l’autre. Tout est vivant, tout change constamment, par conséquent votre mieux sera parfois à un haut niveau et d’autres fois à un moins bon niveau. Les matins où vous vous réveillez frais et débordant d’énergie, votre mieux sera meilleur que lorsque vous êtes fatigué en fin de soirée. Il sera aussi différent selon que vous êtes en bonne santé ou malade, sobre ou ivre. Votre mieux variera selon que vous êtes en pleine forme et heureux, ou irrité, en colère, ou encore jaloux.

Selon votre humeur, votre mieux peut changer d’un instant à l’autre, d’une heure à la suivante, d’un jour au lendemain. Il évoluera aussi au fil du temps. Lorsque vous prendrez l’habitude de mettre en pratique ces nouveaux accords, votre mieux deviendra encore meilleur qu’il n’était.

Indépendamment de toute évaluation qualitative, continuez à faire de votre mieux : ni plus, ni moins. Si vous vous acharnez à vouloir faire davantage que votre mieux, vous dépenserez plus d’énergie qu’il n’en faut et en fin de compte votre mieux s’avérera insuffisant. Lorsque vous en faites trop, vous vous videz de votre énergie et vous agissez contre vous-même, avec pour conséquence qu’il vous faut davantage de temps pour atteindre votre but. Mais si vous faites moins que votre mieux, vous vous exposez aux frustrations, au jugement personnel, à la culpabilité et aux regrets.

Faites donc simplement de votre mieux, quelles que soient les circonstances de votre vie. Peu importe que vous soyez fatigué ou malade, si vous faites toujours de votre mieux, il vous est impossible de vous juger. Et si vous ne vous jugez pas, il n’est pas possible de subir la culpabilité, la honte et l’auto-punition. En faisant toujours de votre mieux, vous romprez un grand sort auquel vous avez été soumis.

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01.03.2007

Les quatre accords toltèques de don Miguel Ruiz



Le troisième accord toltèque :
« Ne faites pas de suppositions »


Le troisième accord toltèque est de ne pas faire de suppositions.

Nous avons tendance à faire des suppositions à propos de tout. Le problème est que nous croyons ensuite qu’elles sont la vérité. Nous serions prêt à jurer qu’elles sont vraies. Nous faisons des suppositions sur ce que les autres font ou pensent, fort de quoi nous en faisons une affaire personnelle, puis nous leur en voulons et nous leur communiquons du poison émotionnel par nos propos. Voilà pourquoi chaque fois qu’on fait des suppositions, qu’on prête des intentions à autrui, on crée des problèmes. Nous faisons des suppositions quant aux raisons d’agir d’autrui, nous les interprétons de travers, nous en faisons une affaire personnelle, et nous finissons par créer tout un drame pour rien du tout.

Toute la tristesse et les drames auxquels vous avez été confrontés dans votre vie proviennent de cette habitude de faire des suppositions, de prêter des intentions à autrui et de prendre les choses personnellement. Le rêve de l’enfer tout entier découle de ces comportements.

Rien qu’en faisant des suppositions et en prenant tout ce qui nous arrive personnellement, nous créons énormément de poison émotionnel, parce qu’ensuite nous médisons sur la base de ces suppositions. Souvenez-vous : la médisance est notre manière de communiquer dans le rêve de l’enfer, en échangeant du poison les uns avec les autres. Comme on a peur de demander des explications, on prête des intentions à autrui, on fait des suppositions que l’on croit être vraies ; puis, on défend ces suppositions et on donne tort à l’autre.

Il vaut toujours mieux poser des questions que de faire des suppositions, parce que celles-ci nous programment à souffrir.

Le grand mitote qui encombre l’esprit humain provoque beaucoup de chaos et nous conduit à tout comprendre et interpréter de travers. On ne voit et entend que ce que l’on veut bien voir et entendre. On ne perçoit pas les choses telles qu’elles sont. On prend l’habitude de rêver sans lien avec la réalité. On rêve littéralement les choses dans notre imagination. Lorsque nous ne comprenons pas une chose, nous faisons une supposition quant à sa signification et, lorsque la vérité se fait jour, la bulle de notre rêve éclate, et nous découvrons que les choses n’étaient pas du tout comme nous le pensions.

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22.02.2007

Les quatre accords toltèques de don Miguel Ruiz



Le deuxième accord toltèque :
« Quoi qu’il arrive, n’en faites pas
une affaire personnelle »


Les trois accords toltèques suivants découlent en réalité du premier. Le deuxième consiste, quoi qu’il arrive, à ne jamais en faire une affaire personnelle.

Quoi qu’il arrive autour de vous, n’en faites pas une affaire personnelle. En reprenant un exemple précédent, si je vous vois dans la rue et que je vous dis : « Hé, espèce d’idiot ! », sans même vous connaître, ce que je dis ne vous concerne pas ; cela me concerne moi. Si vous en faites une affaire personnelle, vous allez peut-être croire que vous êtes idiot. Peut-être même vous demanderez-vous : « Comment a-t-il deviné ? Est-il clairvoyant, ou est-ce que tout le monde voit à quel point je suis idiot ? »

Vous faites une affaire personnelle de ce qui vous est dit parce que vous y donnez votre accord. Dès lors, le poison s’infiltre en vous et vous êtes piégé dans l’enfer. La raison pour laquelle vous vous faites piéger est ce que l’on appelle l’ « importance personnelle », c’est-à-dire l’importance que l’on se donne. S’accorder de l’importance, se prendre au sérieux, ou faire de tout une affaire personnelle, voilà la plus grande manifestation d’égoïsme, puisque nous partons du principe que tout ce qui arrive nous concerne. Au cours de notre éducation, de notre domestication, nous apprenons à tout prendre pour soi. Nous pensons être responsables de tout. Moi, moi, moi, toujours moi !

Vous n’êtes aucunement responsable de ce que les autres font. Leurs actions dépendent d’eux-mêmes. Chacun vit dans son propre rêve, dans sa propre tête ; chacun est dans un monde totalement différent de celui dans lequel vous vivez. Lorsqu’on fait de tout une affaire personnelle, on part du principe que l’autre sait ce qu’il y a dans notre monde, et on essaie d’opposer notre monde au leur.

Même lorsqu’une situation paraît très personnelle, même lorsque vous vous faites insulter, cela n’a rien à voir avec vous. Ce que les gens disent, ce qu’ils font et les opinions qu’ils émettent dépendent seulement des accords qu’ils ont conclus dans leur propre esprit. Leur point de vue résulte de toute la programmation qu’ils ont subie au cours de leur domestication.

Si quelqu’un vous donne son opinion en disant : « Qu’est-ce que tu as l’air gros ! », n’en faites pas une affaire personnelle, parce qu’en vérité cette personne est confrontée à ses propres sentiments, croyances et opinions. Elle essaie de vous envoyer du poison et si vous en faites une affaire personnelle, alors vous le recevez et vous vous l’appropriez. En faisant une affaire personnelle de tout ce qui vous arrive, vous devenez une proie facile pour tous les prédateurs, tous ceux qui pratiquent la magie noire à leur insu par leur parole. Ils peuvent facilement vous coincer avec une petite opinion de rien du tout, puis vous administrer tout le poison qu’ils veulent ; comme vous prenez tout personnellement, vous gobez tout. Vous ingurgitez toutes leurs ordures émotionnelles qui deviennent alors les vôtres. Mais si vous ne prenez rien personnellement, vous êtes protégé, tout en étant au beau milieu de l’enfer. L’immunité au poison, en plein enfer, est le cadeau que vous offre cet accord.

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15.02.2007

Les quatre accords toltèques de don Miguel Ruiz



Le premier accord toltèque :
"Que votre parole soit impeccable"


Le premier accord toltèque est le plus important et aussi le plus difficile à honorer. Il est si important qu’à lui seul il vous permettra de transcender votre vie actuelle pour parvenir à ce niveau que j’appelle le paradis sur terre.

Le premier accord est : « Que votre parole soit impeccable. » Voilà qui a l’air très simple, mais en réalité c’est très, très puissant. Pourquoi faire attention à votre parole ? Votre parole est votre pouvoir créateur. C’est un cadeau qui vous vient directement de Dieu. Le prologue de l’évangile de Jean, parlant de la Création de l’Univers, dit : « Au commencement était la parole, et la parole était avec Dieu, et la parole était Dieu. » La parole vous permet d’exprimer votre pouvoir créateur. C’est par elle que vous manifestez les choses. Quelle que soit votre façon de parler, votre intention se manifeste par la parole. Ce dont vous rêvez, ce que vous sentez et ce que vous êtes vraiment, tout cela se manifeste par la parole.

La parole n’est pas seulement un son ou un symbole écrit. C’est une force ; elle représente votre capacité à vous exprimer et à communiquer, à penser et donc à créer les événements de votre vie. Vous êtes capable de parler. Quel autre animal sur terre le peut ? La parole est votre outil le plus puissant en tant qu’être humain ; c’est un instrument magique. Mais comme une lame à double tranchant, votre parole peut créer les rêves les plus beaux ou tout détruire autour de vous. L’un de ses tranchants est son mauvais usage, qui peut concrétiser l’enfer ; l’autre est son usage impeccable qui crée la beauté, l’amour et le paradis sur terre. Selon la façon dont elle est utilisée, la parole peut vous libérer ou vous asservir plus que vous ne pouvez l’imaginer. Tout le pouvoir magique dont vous disposez réside en elle. Votre parole est de la magie pure et son mauvais usage de la magie noire.

La parole est si puissante qu’un seul mot peut changer une vie ou détruire l’existence de millions de personnes. Il y a quelques décennies, la parole d’un seul homme en Allemagne a manipulé toute une nation peuplée de gens très intelligents. Il les a conduits à la guerre, par la seule puissance de sa parole. Il a réussi à convaincre certains de commettre les actes de violence les plus atroces qui soient. Sa parole a réveillé les peurs des gens et, comme une immense explosion, les tueries et la guerre ont ravagé le monde entier. Partout des humains se sont entre-tués, parce qu’ils avaient peur les uns des autres. La parole d’Hitler, fondée sur des croyances et accords issus de la peur, restera dans les mémoires durant des siècles.

L’esprit humain est semblable à une terre fertile dans laquelle des graines sont continuellement semées : des opinions, des idées et des concepts. Vous plantez une graine, une pensée, et elle croît. La parole est une graine, et l’esprit humain est si fertile ! Malheureusement, il s’avère souvent très fertile pour les semences de la peur. Chaque esprit humain est fertile, mais seulement pour les graines pour lesquelles il est préparé. Il est donc important de découvrir le type de graines auxquelles notre esprit offre sa fertilité, et de le préparer à recevoir les semences de l’amour.

Prenez l’exemple d’Hitler : il a semé des graines de peurs qui se sont développées avec force et ont réussi à provoquer une destruction massive. En observant la puissance incroyable de la parole, nous devons comprendre qu’elle sort de notre bouche. Une peur, un doute semés dans notre esprit peuvent créer une succession dramatique d’événements. Un seul mot est comme un sort, et les humains utilisent la parole comme des magiciens noirs, se jetant en tout inconscience des sorts les uns aux autres.

Chaque être humain est un magicien. Par notre parole, nous pouvons soit jeter un sort à quelqu’un, soit l’en libérer. Exemple : je vois un ami et lui fais part d’une opinion : « Tiens ! La couleur de ton visage est celle des gens qui vont avoir le cancer. » S’il écoute cette parole et s’il est d’accord avec, il aura un cancer dans moins d’un an. Telle est la puissance de la parole.

Au cours de notre domestication, nos parents et frères et sœurs ont émis des opinions sur nous, sans même y réfléchir. Nous avons cru ces opinions et vécu dans la peur qu’elles véhiculaient, comme de ne pas être assez bon en natation, en sport ou en écriture.

Quelqu’un exprime une opinion : « Regarde cette fille comme elle est moche ! ». La fille en question entend cela, croit qu’elle est laide et grandit avec l’idée qu’elle n’est pas belle. Peu importe qu’elle le soit ou non ; tant qu’elle est d’accord avec cette opinion, elle croira qu’elle est laide. Elle subit l’influence d’un sort.

Si elle réussit à capter notre attention, une parole peut pénétrer notre esprit et changer toute une croyance, en mieux ou en pire. Autre exemple : peut-être croyez-vous être stupide, et peut-être même le croyez-vous depuis toujours. Voilà un accord qui peut être vraiment vicieux et vous conduire à faire de nombreuses choses ne servant qu’à vous prouver votre stupidité. Vous effectuez quelque chose puis vous pensez : « Si seulement j’étais intelligent…, mais je dois être stupide sinon je n’aurais jamais fait cela. » Votre pensée s’agite dans tous les sens et vous pouvez passer des jours à être sous l’influence de cette croyance en votre propre stupidité.

Puis, un jour, quelqu’un capte votre attention et, par sa parole, vous fait découvrir que vous n’êtes pas stupide. Vous croyez cette personne et vous concluez un nouvel accord. Résultat : vous ne vous sentez plus stupide et vous n’agissez plus stupidement. Un sort est rompu, par la seule puissance de la parole.

Inversement, si vous croyez être stupide et que quelqu’un capte votre attention et vous dise : « Oui, tu es vraiment la personne la plus stupide que j’aie jamais rencontrée », l’accord initial sera renforcé et deviendra encore plus puissant.

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08.02.2007

Les quatre accords toltèques de Don Miguel Ruiz



Il est facile de vivre les yeux fermés, en interprétant
de travers tout ce que l’on voit…
John Lennon



Les Toltèques

Il y a des milliers d’années, à travers tout le Sud du Mexique, les Toltèques étaient connus comme des « femmes et hommes de connaissance ». Les anthropologues les ont décrits comme une nation ou une race, mais en réalité c’était des scientifiques et des artistes formant une société vouée à explorer et préserver la connaissance spirituelle et les pratiques des anciens. Maîtres (naguals) et étudiants se réunissaient à Teotihuacan, l’ancienne cité des pyramides située au-delà de Mexico City, connue comme le lieu où
« l’Homme devient Dieu ».

Au fil des millénaires, les naguals ont été contraints de dissimuler la sagesse ancestrale et de la préserver dans l’ombre. La conquête européenne, couplée à l’abus de pouvoir personnel de quelques apprentis, rendit nécessaire de protéger la connaissance de ceux qui n’étaient pas préparés à l’utiliser avec discernement ou qui risquaient d’en user de manière abusive, à des fins personnelles.

Fort heureusement, la connaissance ésotérique des Toltèques s’est transmise et incarnée au fil des générations à travers diverses lignées de naguals. Bien qu’elle soit restée dans le secret durant des centaines d’années, les prophéties anciennes avaient annoncé la venue d’un âge au cours duquel il serait nécessaire de redonner la sagesse au peuple. Aujourd’hui, don Miguel Ruiz, nagual de la lignée des Chevaliers de l’Aigle, a été instruit pour partager avec nous les puissants enseignements des Toltèques.

La connaissance toltèque émerge de la même unité de vérité que les traditions ésotériques du monde entier. Bien qu’elle ne soit pas une religion, elle honore tous les maîtres spirituels qui ont enseigné sur terre. Bien qu’elle comprenne une dimension spirituelle, elle est plus justement décrite comme étant un mode de vie qui se distingue par la facilité d’accès au bonheur et à l’amour qu’elle procure.


Le processus de domestication et
le Rêve de la planète


Ce que vous voyez et entendez en ce moment précis n’est qu’un rêve. Vous rêvez à l’instant même, le cerveau éveillé.

Rêver est la fonction principale de notre esprit qui fait cela vingt-quatre heures par jour. Il rêve lorsque le cerveau est éveillé et également lorsque ce dernier dort. La différence c’est que, durant l’état de veille, le cadre de référence matériel nous fait percevoir les choses de façon linéaire. Lorsque nous nous endormons, nous n’avons plus ce cadre de référence, aussi le rêve a-t-il tendance à changer constamment.

Les humains rêvent en permanence. Avant notre naissance, les humains nous précédant ont créé un grand rêve extérieur que l’on appelle le rêve de la société ou le rêve de la planète. Le rêve de la planète est le rêve collectif résultant des milliards de rêves personnels plus petits qui, ensemble, forment le rêve d’une famille, le rêve d’une communauté, le rêve d’une ville, le rêve d’un pays, et finalement le rêve de toute l’humanité. Le rêve de la planète comprend toutes les règles de la société, ses croyances, ses lois, ses religions, ses différentes cultures et modes de vie, ses gouvernements, ses écoles, ses événements sociaux, et ses jours fériés.

Nous naissons avec la capacité d’apprendre comment rêver, et les humains qui nous précèdent nous apprennent à le faire de la façon dont rêve la société. Le rêve de la planète a tellement de règles que lorsqu’un nouvel être humain naît, on capte son attention et on introduit ces règles dans son esprit. Le rêve de la planète se sert de papa et maman, des écoles et de la religion pour nous enseigner comment rêver.

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25.01.2007

Le Gai Savoir de Friedrich Nietzsche



Il faut apprendre à aimer.

Voici ce qui nous arrive dans le domaine musical : il faut avant tout apprendre à entendre une figure, une mélodie, savoir la discerner par l'ouïe, la distinguer, l'isoler et la délimiter en tant qu'une vie en soi : ensuite il faut de l'effort et de la bonne volonté pour la supporter, en dépit de son étrangeté, user de patience pour son regard et pour son expression, de tendresse pour ce qu'elle a de singulier. Vient enfin le moment où nous y sommes habitués, où nous l'attendons, où nous sentons qu'elle nous manquerait, si elle faisait défaut ; et désormais elle ne cesse pas d'exercer sur nous sa contrainte et sa fascination jusqu'à ce qu'elle ait fait de nous ses amants humbles et ravis, qui ne conçoivent de meilleure chose au monde et ne désirent plus qu'elle-même, et rien qu'elle-même.

Mais ce n'est pas seulement en musique que ceci nous arrive : c'est justement de la sorte que nous avons appris à aimer tous les objets que nous aimons maintenant. Nous finissons toujours par être récompensés pour notre bonne volonté, notre patience, notre équité, notre tendresse envers l'étrangeté, du fait que l'étrangeté peu à peu se dévoile et vient s'offrir à nous en tant que nouvelle et indicible beauté : c'est là sa gratitude pour notre hospitalité.

Qui s'aime soi-même n'y sera parvenu que par cette voie : il n'en est point d'autre. L'amour aussi doit s'apprendre.

Peinture : Oleg Zhivetin

15.11.2006

Le pouvoir du moment présent de Eckhart Tolle



Ne créez plus de souffrance dans le présent

Personne n'est tout à fait libéré de la souffrance et du
chagrin. Ne s'agit-il pas de vivre avec cela plutôt que
d'essayer de l'éviter ?

La plus grande partie de la souffrance humaine est inutile.
On se l'inflige à soi-même aussi longtemps que, à son insu,
on laisse le mental prendre le contrôle de sa vie.

La souffrance que vous créez dans le présent est toujours une forme de non-acceptation, de résistance inconsciente à ce qui est. Sur le plan de la pensée, la résistance est une forme de jugement. Sur le plan émotionnel, c'est une forme de négativité. L'intensité de la souffrance dépend du degré de résistance au moment présent, et celle-ci, en retour, dépend du degré d'identification au mental. Le mental cherche toujours à nier le moment présent et à s'en échapper. Autrement dit, plus on est identifié à son mental, plus on souffre. On peut également l'énoncer ainsi: plus on est à même de respecter et d'accepter le moment présent, plus on est libéré de la douleur, de la souffrance et du mental.

Pourquoi le mental a-t-il tendance à nier l'instant présent ou à y résister ? Parce qu'il ne peut fonctionner et garder le contrôle sans le temps, c'est-à-dire sans le passé et le futur. Il perçoit donc l'intemporel instant présent comme une menace. En fait, le temps et le mental sont indissociables.

Imaginez la Terre dépourvue de toute vie humaine et n'abritant que plantes et animaux. Y aurait-il encore un passé et un futur ? Parler du temps aurait-il encore un sens ? La question "Quelle heure est-il ?" ou "Quelle date sommes-nous ?" - s'il y avait quelqu'un pour la poser - serait vraiment insignifiante. Le chêne ou l'aigle resteraient perplexes devant une telle question. "Quelle heure ?" demanderaient-ils. "Euh, bien entendu, il est... maintenant. Nous sommes maintenant. Existe-t-il autre chose ?"

Bien sûr, pour fonctionner en ce monde, nous avons besoin du mental ainsi que du temps. Mais vient un moment où ils prennent le contrôle de notre vie, et c'est alors que s'installent le dysfonctionnement, la souffrance et le chagrin.

Pour assurer sa position dominante, le mental cherche continuellement à dissimuler l'instant présent derrière le passé et le futur. Par conséquent, lorsque la vitalité et le potentiel créatif infini de l'Être, indissociable du moment présent, sont jugulés par le temps, votre nature véritable est éclipsée par le mental. Une charge de temps de plus en plus lourde s'accumule sans cesse dans l'esprit humain. Tous les individus pâtissent sous ce fardeau, mais ils continuent aussi de l'étoffer chaque fois qu'ils ignorent ou nient ce précieux instant, ou le réduisent à un moyen d'arriver à quelque instant futur qui n'existe que dans le mental, jamais dans la réalité. L'accumulation de temps dans le mental humain, collectif et individuel comporte également, en quantité immense, des résidus de souffrance passée.

Si vous ne voulez plus créer de souffrance pour vous-même et pour d'autres, si vous ne voulez plus rien ajouter aux résidus de cette souffrance passée qui vit encore en vous, ne créez plus de temps, ou du moins, n'en créez pas plus qu'il ne vous en faut pour faire face à la vie de tous les jours. Comment cesser de créer du temps ? Prenez profondément conscience que le moment présent est toujours uniquement ce que vous avez. Faites de l'instant présent le point de mire principal de votre vie. Tandis qu'auparavant vous habitiez le temps et accordiez de petites visites à l'instant présent, faites du "maintenant" votre lieu de résidence principal et accordez de brèves visites au passé et au futur lorsque vous devez affronter les aspects pratiques de votre vie. Dites toujours "oui" au moment présent. Qu'y aurait-il de plus futile, de plus insensé, que de résister intérieurement à ce qui est déjà ? Qu'y a-t-il de plus fou que de s'opposer à la vie même, qui est maintenant, toujours maintenant ? Abandonnez-vous à ce qui est. Dites "oui" à la vie et vous la verrez soudainement se mettre à fonctionner pour vous plutôt que contre vous.

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01.11.2006

Le voyage à Ixtlan de Carlos Castaneda



« M'enseignerez-vous un jour la connaissance du peyotl ? »
Il ne me répondit pas, et comme bien d’autres fois il me dévisagea comme si j’étais fou à lier. Chaque fois que j'avais mentionné le sujet, il fronçait les sourcils et hochait la tête, geste ni d’affirmation ni de négation mais plutôt de désespoir et d'incrédulité.

Brusquement il se leva. Nous étions assis par terre devant sa maison. D'un geste presque imperceptible du chef, il m'invita à le suivre. Nous allâmes vers le sud, dans le désert de broussailles. A plusieurs reprises et sans cesser d'avancer il répéta qu'il me fallait devenir conscient de l'inutilité de ma propre-importance et de mon histoire personnelle. Se tournant vers moi il déclara soudain :
« Tes amis, ceux qui te connaissent depuis longtemps, tu dois les quitter au plus vite. »
Je pensai qu'il était fou, et que son insistance était stupide, mais je ne dis rien.

Après une longue marche nous fîmes un arrêt. J’allais m'asseoir pour me reposer lorsqu'il m'ordonna de m'avancer vingt mètres plus loin et là de parler à haute et intelligible voix à un bouquet de plantes. Je me sentis plein d’appréhension et de malaise. Cette étrange demande dépassait ce que je pouvais supporter, aussi lui déclarai-je que je n'arrivais pas à parler aux plantes, que je me sentais ridicule. Il remarqua que le sentiment de ma propre-importance demeurait vraiment incroyable. Il sembla avoir pris une soudaine décision, car il déclara que tant que je ne me sentirais pas à l’aise je ne devrais pas tenter de le faire, parler aux plantes devait être très naturel.
« Tu veux apprendre ce qui les concerne, et néanmoins tu ne veux faire aucun effort, m’accusa-t-il. Que veux-tu donc ? »
J’expliquai que je désirais des informations adéquates sur les plantes, ce pourquoi je lui avais demandé de devenir mon informateur, et proposé même rémunération pour son temps et sa peine.
« Vous devriez accepter l'argent, plaidai-je. Ainsi nous nous sentirions plus à l’aise. Je pourrais vous poser toutes les questions que je désire vous poser puisque vous travailleriez pour moi, et en revanche je vous payerais. Qu'en pensez-vous?»
Il me dévisagea dédaigneusement, et de sa bouche jaillit un son obscène qu’il produisit en soufflant fortement entre sa langue et sa lèvre pour les faire vibrer toutes deux.
« Voilà ce que j’en pense ! », et, me voyant saisi de surprise, il fut envahi d’un fou rire hystérique.

Il me fallait me rendre à l'évidence, il était difficile de discuter avec cet homme. Malgré son âge, il débordait de vie et révélait une force incroyable. J'avais cru que son âge même en ferait un parfait informateur. Les vieillards, trop faibles pour faire autre chose que parler, devaient être selon moi les meilleurs informateurs. Lui, cependant, se révélait un piètre auxiliaire. D'ailleurs il devenait intolérable et dangereux. L'ami qui nous avait réunis s'était montré bon juge, il s'agissait d’un vieil Indien excentrique et bien qu'il ne fût pas bourré à mort la plupart du temps, il était fou à lier, chose pire encore. Ce terrible doute et cette appréhension n'avaient rien de nouveau, mais ils resurgissaient alors même que je croyais les avoir dominés, car je n'avais pas eu de peine à me convaincre de mon désir de le revoir. Étais-je moi aussi un peu cinglé puisque j’appréciais sa compagnie ? Son idée que le sentiment que j'avais de ma propre-importance constituait un obstacle majeur m’avait fortement frappé. Cependant tout cela ne me semblait qu’un exercice intellectuel de ma part, puisque dès l'instant où je retrouvais sa bizarre façon d'agir je plongeais à nouveau dans un gouffre d’appréhension ; et alors je n'éprouvais plus qu’un seul besoin, m'enfuir.
J’avançai l’idée que le fait d’être tellement différents nous interdisait toute possibilité d’entente.
« L’un de nous deux doit changer, dit-il en gardant les yeux au sol. Et tu sais pertinemment qui. »

Il se mit à fredonner un air populaire mexicain, et soudain releva la tête pour me regarder. Ses yeux étaient pleins de feu et de violence. Je voulus tourner la tête ou baisser les paupières, mais à mon extrême surprise je n'arrivais pas à me détacher de son regard. Il me demanda de lui dire ce que j’avais vu dans ses yeux. Je répondis que je n'avais rien vu, mais il insista sur la nécessité d’exprimer ce que ce regard suscitait en moi. Ce fut délicat de lui faire comprendre que ses yeux n'avaient fait qu'augmenter mon embarras et que son regard me mettait mal à l'aise.
Il ne se contenta pas d’une telle réponse, son regard demeurait inchangé. Il ne s’agissait pas d’un regard franchement méchant ou menaçant, mais plutôt d'un regard mystérieux et déplaisant. De toute façon je supportais mal que l'on me regarde droit dans les yeux. Il voulut savoir s'il n'évoquait pas pour moi un oiseau.
« Un oiseau !», m'exclamai-je.
Il pouffa de rire à la manière d’un enfant et me libéra de son regard.
« Oui, dit-il avec douceur. Un oiseau, un très drôle d’oiseau. »

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