18.10.2006
Si tu m'oublies

Si tu m'oublies
je veux que tu saches
une chose.
Tu sais ce qu’il en est :
si je regarde
la lune de cristal, la branche rouge
du lent automne de ma fenêtre,
si je touche
près du feu
la cendre impalpable
ou le corps ridé du bois,
tout me mène à toi,
comme si tout ce qui existe,
les arômes, la lumière, les métaux,
étaient de petits bateaux qui naviguent
vers ces îles à toi qui m’attendent.
Cependant,
si peu à peu tu cesses de m’aimer
je cesserai de t’aimer peu à peu.
Si soudain
tu m’oublies
ne me cherche pas,
puisque je t’aurai aussitôt oubliée.
Si tu crois long et fou
le vent de drapeaux
qui traversent ma vie
et tu décides
de me laisser au bord
du coeur où j’ai mes racines,
pense
que ce jour-là,
à cette même heure,
je lèverai les bras
et mes racines sortiront
chercher une autre terre.
Mais
si tous les jours
à chaque heure
tu sens que tu m’es destinée
avec une implacable douceur,
si tous les jours monte
une fleur à tes lèvres me chercher,
ô mon amour, ô mienne,
en moi tout ce feu se répète,
en moi rien ne s’éteint ni s’oublie,
mon amour se nourrit de ton amour, ma belle,
et durant ta vie il sera entre tes bras
sans s’échapper des miens.
Pablo Neruda
Traduit par Ricard Ripoll i Villanueva
Photo : Haleh Bryan
00:05 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : Pablo Neruda, oubli
































































































Commentaires
Ce poème de Pablo Neruda est splendide... Merci Cristal.
Au fait c'est vous sur la photo ?
Ecrit par : Nah chan | 18.10.2006
... et pourtant, traduit, il a perdu de sa force !
Non, ce n'est pas moi.
Belle journée, Nah chan !
Ecrit par : Cristal | 18.10.2006
...que c'est beau, c'est beau l'amour...
Ecrit par : daniel | 18.10.2006
Oublie-moi
S’il te plaît
Ne serait-ce
Qu’un instant
À chaque bonjour
Pour m’aimer
Comme au premier jour
Sans détours
Sans miroir
Où me farder
À ta ressemblance
Ta mémoire de moi
T ‘empêche d’exister
Ta mémoire de moi
M’empêche de t’aimer
Ecrit par : michelgonnet | 18.10.2006
Magnifique poème. Très émouvant...
Ecrit par : nathalie | 20.10.2006
Merci pour ce poème, Cristal, une merveille que je voudrais avoir reçue de la bouche et des mains d'un si tendre poète
Ecrit par : orchis-mauve | 20.10.2006
Oui Daniel, c'est ce qu'il y a de plus beau !
Tes mots résonnent, Michel, une sagesse surgie des confins de l'âme.
Le génie de Neruda, Nathalie. Des mots sans artifices, qui atteignent le coeur.
Oui Juliette, des mots doux comme le miel.
Merci pour vos mots.
Ecrit par : Cristal | 20.10.2006
Superbe texte, vraiment!
Ecrit par : pyrome | 22.10.2006
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